Portraits


Humanités numériques en dialogue


Agnès Tricoche
Publication :
14/02/2018




Ingénieure d'études CNRS
Responsable des bases de données au pôle Humanités Numériques du labex TransferS
Rattachée au laboratoire Pays Germaniques, UMR 8147 – ENS Paris


Quel est votre parcours scientifique et technique ? Après des études en Histoire et deux années d’enseignement dans le secondaire, j’ai préparé une thèse de doctorat en Histoire et Archéologie des mondes anciens (2004-2007), qui m’a conduite à m’intéresser aux bases de données pour le traitement de mes propres corpus. Formée dans mon laboratoire de rattachement ArScAn, j’ai été rapidement amenée à concevoir des bases de données pour différents projets archéologiques, dans le cadre de stages, puis de contrats, de missions à l’étranger (en Egypte et en Grèce), ainsi que pour mes recherches postdoctorales.
J’ai rejoint le CNRS fin 2012, après avoir exercé dans ce domaine pendant plusieurs années en tant qu’auto-entrepreneuse, auprès de laboratoires SHS du CNRS (Paris, Nanterre, Strasbourg, Lyon, Aix-Marseille). Désormais officiellement rattachée à l’UMR Pays Germaniques (CNRS-ENS), unité porteuse du labex TransferS, j’occupe depuis lors le poste de responsable des bases de données scientifiques au sein du pôle Humanités Numériques de ce labex.

Quelle place occupent les humanités numériques dans votre travail au quotidien ? Tout dépend de ce qu’on entend par humanités numériques ! Au quotidien, mon rôle est de concevoir et développer des bases de données pour la recherche en sciences humaines et sociales, de construire des outils de saisie, de consultation et d’analyse, de structurer les données, fabriquer des modèles conceptuels efficients, proposer des solutions de mutualisation pour des corpus présentant des similitudes et de mettre en œuvre la diffusion publique des données. À ce titre, je m’inscris dans le processus associant les humanités et le numérique, dans le but d’optimiser le potentiel d’exploitation et d’analyse des données scientifiques. C’est sous cette acception technique que le pôle Humanités Numériques du labex TransferS a été créé en 2013, même si les humanités numériques sont de plus en plus érigées au rang de champ disciplinaire à part entière, susceptible de révolutionner les perspectives d’ouverture, de partage et de valorisation du savoir.
Comment imaginez-vous votre discipline dans dix ans ? Il y a une tendance de plus en plus prégnante à vouloir s’émanciper du paradigme classique des bases de données relationnelles, au profit de modèles plus souples et plus modulaires. Je pense notamment à NoSQL, qui vise justement à s’en écarter, et plus encore aux formats et méthodes tout droit issus du Web sémantique (modèle RDF, ontologie SKOS pour représenter des thesaurus, etc.), dont l’objectif consiste plus largement à favoriser la sémantisation et l’interopérabilité des données par l’usage de normes et de standards. Cela va de pair avec l’émergence de nouveaux outils de traitement et de publication de données sur le Web, plus ou moins complexes à manipuler, mais toujours plus nombreux.
Pour un architecte de bases de données, cela implique d’adapter, et parfois de renouveler ses compétences et ce, dans des domaines encore en construction. Avec des projets scientifiques de plus en plus tournés vers la diffusion quasi immédiate des corpus étudiés, l’un des enjeux de demain, déjà très présent aujourd’hui, sera de savoir percevoir très tôt, parmi les multiples méthodes et outils à disposition, ceux qui apporteront le plus de bénéfices selon le corpus considéré et les résultats attendus.


Projets en humanités numériques

10.57976/digithum.po.51re-8b83